Votre épargne dort-elle dans une banque qui finance encore massivement les énergies fossiles, des projets climaticides ou des secteurs polluants ? Pendant que vous triez vos déchets, réduisez vos déplacements en avion et privilégiez le vélo, votre argent peut parfois travailler à l’exact opposé de vos valeurs. La bonne nouvelle : il est aujourd’hui possible de verdir son épargne de façon concrète, progressive et sans forcément sacrifier le rendement.

Pourquoi verdir son épargne change vraiment la donne ?

Notre argent n’est jamais neutre. L’argent déposé sur un compte courant, un livret ou investi en assurance-vie ne dort pas : il est utilisé par la banque ou la société de gestion pour financer des entreprises, des États ou des projets. En orientant cette épargne, vous avez un pouvoir très réel sur l’économie.

Verdir son épargne, c’est chercher à :

  • Réduire le financement des activités nuisibles (énergies fossiles, armement controversé, déforestation, agriculture intensive, etc.).
  • Renforcer les secteurs porteurs de solutions (énergies renouvelables, efficacité énergétique, agriculture durable, mobilité douce, économie circulaire, logement social, ESS…).
  • Envoyer un signal fort aux institutions financières : il existe une demande pour une finance exigeante sur le plan environnemental et social.

À l’échelle individuelle, le geste peut sembler symbolique. Mais à l’échelle collective, les montants orientés vers une finance verte se chiffrent déjà en milliards d’euros. Plus les citoyens s’informent et agissent, plus les banques et les gestionnaires d’actifs sont poussés à transformer en profondeur leurs pratiques.

Déchiffrer le jargon : ISR, Greenfin, Finansol… à quoi ça correspond ?

Le monde de la finance responsable regorge de labels et d’acronymes. Ils ne se valent pas tous, mais constituent des repères utiles.

ISR (Investissement Socialement Responsable) : c’est le label le plus répandu en France. Il identifie des fonds qui intègrent des critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG) dans leur gestion. Cependant, il reste relativement large : certains fonds ISR continuent d’investir dans des entreprises impliquées dans les énergies fossiles, même si c’est de manière encadrée.

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Label Greenfin : créé par l’État français, il est beaucoup plus exigeant sur le climat. Il exclut notamment les énergies fossiles et le nucléaire, et impose que le cœur du portefeuille finance la transition écologique. C’est un repère fort pour verdir sa poche « climat ».

Label Finansol : attribué par l’association FAIR, il distingue les produits d’épargne solidaire. Une partie de votre argent finance directement des projets à forte utilité sociale et/ou écologique (insertion, logement très social, agriculture paysanne, énergies renouvelables citoyennes…) ou donne lieu à un don automatique d’une fraction des intérêts.

D’autres sigles existent, comme SFDR (règlement européen qui classe les fonds en article 6, 8 et 9 selon leur degré de prise en compte des enjeux de durabilité). Pour un épargnant particulier, retenir ces repères simples est déjà un premier pas :

  • Besoin d’un large univers responsable ? Regarder côté ISR / article 8.
  • Objectif climat fort ? Viser des fonds Greenfin / article 9.
  • Impact social et local ? Privilégier les produits Finansol.

Faire le diagnostic de son épargne actuelle

Avant de bouger quoi que ce soit, il est utile de savoir où vous en êtes. Listez simplement :

  • Vos comptes courants et comptes sur livret (Livret A, LDDS, Livret jeune, super-livrets…)
  • Votre éventuelle assurance-vie (contrats en banque, en ligne, chez un assureur ou via un conseiller indépendant).
  • Votre PEA ou compte-titres
  • Votre épargne salariale (PERCO, PEE, PEG…)
  • Votre plan d’épargne retraite (PER individuel ou collectif)

Pour chacun, posez-vous trois questions :

  • Ma banque ou mon assureur a-t-il une politique claire sur le climat ? (rapport climat, sortie des fossiles, etc.)
  • Quels fonds ou supports composent réellement mon épargne ?
  • Parmi ces supports, combien sont labellisés ISR, Greenfin, Finansol ou équivalent ?

Cette étape peut paraître technique, mais vous pouvez vous faire aider : certaines ONG (comme Reclaim Finance ou Oxfam France) publient des analyses sur les banques, et de nombreux comparateurs en ligne référencent les produits labellisés.

Choisir une banque plus verte : changer de partenaire si nécessaire

Si votre banque est très impliquée dans le financement des énergies fossiles et refuse d’évoluer, la solution la plus cohérente peut être de changer d’établissement. Plusieurs acteurs français et européens se spécialisent dans la finance éthique et écologique.

Avant de migrer, regardez :

  • La transparence sur les secteurs financés
  • Les engagements clairs et datés sur la sortie du charbon, du pétrole et du gaz
  • L’importance donnée au financement de projets locaux, sociaux ou environnementaux
  • Les frais et services (carte bancaire, appli, service client, etc.)
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Vous pouvez aussi adopter une stratégie hybride : garder une banque classique pour le quotidien si besoin, mais placer l’essentiel de votre épargne de moyen et long terme auprès d’acteurs engagés.

Mobiliser ses livrets : épargne solidaire et fléchée

Les livrets d’épargne sont souvent la première poche disponible pour une démarche plus verte :

  • Livret de Développement Durable et Solidaire (LDDS) : une partie des fonds collectés finance déjà des projets liés à la transition écologique. Mais vous pouvez aller plus loin en optant pour un LDDS « développé » ou des livrets spécifiques créés par des banques éthiques.
  • Livrets solidaires labellisés Finansol : ils permettent de flécher l’épargne vers des projets sociaux ou environnementaux précis, parfois avec la possibilité de donner une partie de vos intérêts à une association.

Ces outils sont particulièrement adaptés pour une épargne disponible à tout moment, tout en ayant un impact plus cohérent avec vos valeurs.

Assurance-vie et PEA : verdir le cœur de son patrimoine

Pour beaucoup de Français, l’assurance-vie représente la plus grosse part du patrimoine financier. C’est aussi un levier majeur pour la transition.

Deux axes d’action :

  • Réduire la part du fonds en euros classique, qui réplique souvent des indices de marché insuffisamment alignés avec le climat.
  • Augmenter la part de supports responsables : fonds labellisés ISR, Greenfin, ou dédiés aux thématiques comme l’eau, les énergies renouvelables, l’agriculture durable, la santé, l’économie sociale et solidaire, etc.

Demandez explicitement à votre conseiller ou à votre plateforme :

  • La liste complète des fonds ISR, Greenfin, Finansol éligibles à votre contrat.
  • La possibilité d’opter pour une gestion pilotée « durable », si vous ne souhaitez pas sélectionner les supports vous-même.

Côté PEA, plusieurs sociétés de gestion ont lancé des fonds actions européennes labellisés, voire des fonds indiciels (ETF) répliquant des indices plus alignés sur l’Accord de Paris. On peut également choisir, en direct, des entreprises cotées dont on connaît les engagements climatiques et sociaux, même si cela demande du temps et de l’expertise.

Crowdlending, épargne citoyenne et projets locaux

Pour ceux qui souhaitent voir concrètement à quoi sert leur argent, les plateformes de financement participatif offrent des solutions intéressantes :

  • Prêts à des coopératives d’énergie renouvelable (parcs solaires, éoliennes citoyennes, méthanisation agricole vertueuse…)
  • Financement de fermes en agroécologie, de commerces de proximité, de tiers-lieux, de projets d’économie circulaire.
  • Participation au capital d’entreprises sociales ou de sociétés coopératives (SCOP, SCIC).
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Ces placements sont souvent plus risqués et moins liquides qu’un livret bancaire, mais leur impact tangible est très fort. L’important est de n’y consacrer qu’une fraction de votre épargne, celle que vous êtes prêt(e) à immobiliser et à exposer à un risque plus élevé.

Éviter le greenwashing : adopter quelques réflexes critiques

Le succès de la finance verte attire forcément des offres opportunistes. Pour ne pas se faire piéger par un simple verdissement de façade, quelques réflexes sont essentiels :

  • Regarder au-delà du nom du fonds : un produit peut s’appeler « Eco Avenir Climat » sans être particulièrement exigeant. Lisez la documentation réglementaire (disponible en ligne) ou au minimum la fiche synthétique.
  • Vérifier les exclusions : les énergies fossiles sont-elles partiellement ou totalement exclues ? Quid des armes controversées, du tabac, de la déforestation ?
  • Observer le top 10 des positions : si le fonds responsable investit massivement dans des majors pétrolières, la cohérence est discutable.
  • Comparer avec des labels exigeants comme Greenfin ou Finansol, qui imposent des critères clairs et auditables.

Ne pas hésiter non plus à questionner directement votre banque ou votre assureur : une institution vraiment engagée doit être capable de répondre de manière transparente et argumentée.

Passer à l’action, étape par étape

Il n’est pas nécessaire de tout transformer en un mois. Une démarche réaliste peut se dérouler ainsi :

  • Mois 1 : faire l’inventaire de son épargne et se documenter (ONG, rapports, blogs spécialisés, labels).
  • Mois 2 : ouvrir un ou deux produits verts faciles : livret solidaire, fonds ISR ou Greenfin dans votre assurance-vie.
  • Mois 3-6 : réorienter progressivement l’épargne existante à chaque échéance (arbitrage d’assurance-vie, nouvelle répartition de l’épargne salariale, etc.).
  • Au-delà : explorer les projets citoyens (énergie, agriculture, habitat) pour un volet « impact direct ».

L’essentiel est de poser un premier acte, même modeste, puis de l’élargir au fil du temps. Chaque euro orienté vers la transition écologique a plus de poids que vous ne l’imaginez.

En choisissant des placements alignés avec vos valeurs, vous envoyez aussi un message culturel fort : la réussite financière n’a de sens que si elle s’inscrit dans le respect du vivant, des ressources naturelles et des droits humains.

Verdir son épargne, c’est finalement prolonger dans la sphère financière ce que beaucoup pratiquent déjà dans leur alimentation, leurs déplacements ou leurs choix de consommation. Un moyen puissant de cesser de financer, malgré soi, le monde que l’on ne veut plus, et de soutenir activement celui que l’on souhaite voir advenir.